Sans
chercher de motivation ailleurs que dans la poésie,
nous annonçons la création au Maroc
de la Maison de la Poésie, nous qui déplorons
depuis des années l’absence d’un
lieu qui serve de cadre à nos rencontres
en tant que poètes.
Il s’est écoulé une période
assez longue au cours de laquelle ce sujet avait
été souvent évoqué
entre nous; et voilà que l’audace
nous saisit et que nous sommes conduits à
nous surprendre nous-mêmes, comme peut étonner
un poème, par l’éclosion d’une
idée libre de toute contrainte, absente
de tout facteur étranger à notre
destinée. C’est la poésie
marocaine moderne qui préside à
notre aventure, dans la création illimitée,
devant les frustrations les plus diverses et face
à la mort.
Nous
avons ravi à nos secrets individuels un bref
instant pour faire cette annonce, mus par une poussée
irrésistibe vers l’idée de la
Maison de la Poésie, idée liée
à notre statut humain et que nous retrouvons
en transhmance entre de nombreux pays.
La
Poésie marocaine moderne, dans sa perception
d’elle-même et dans ses meilleurs céations,
de même que dans ses manifestations ici et
là, a connu un changement qualitatif. Des
voix originales, proches ou élognées
l’une de l’autre, restent fraternelles
dans la poursuitte d’un chant ayant la poésie
pour souci majeur. Le chant est re-création
de l’existence individuelle ou collective.
Une langue issue de l’Impossible, native du
corps qui habite à frontière périlleuse
du poème d’avec le monde. Nous n’avons
jamais hésité à considérer
que la poésie est nécessité
humaine, tout comme elle et nécessité
arabe et marocaine; à proclamer notre foi
uniquement en elle et dans ses vertus pour notre
temps. La poésie marocaine moderne ne peut
pas toujours, du fait des vicissitudes de notre
époque, créer de nouvelles opportunités
de création, où les poètes
pourraient s’imprégner mutuellement,
porter la parole au public de la poésie dans
notre pays et influencer la critique. au lieu de
cela, le territoire des exils prend ostensiblement
de l’extension, la poésie est cuplabilisée
en étant aujourd’hui placée
entre l ‘enclume du corps et le marteau d’autrui.
En
dépit du retard pris jusqu’ici la décision
de créer la Maison de la Poésie au
Maroc demeure une réponse aux exigences de
la poésie marocaine relativement aux rencontres
avec les poètes et autour de la poésie:
organiser des soirées pour les poètes
marocains; être au fait des ouvrages et des
expériences; étudier la question poétique;
entamer un travail d’archéologie autour
de la poésie marocaine; créer des
ateliers de lectures, de traductions et d’éditions;
instaurer la possiblité de communication
avec les autres poètes du Maghreb Arabe;
recevoir des poètes de tous les pays arabes
et du reste du monde; traiter de la poésie
et de ses liens avec les autres expressions de l’art.
Ce sont là quelques uns des aspects de la
tâche à laquelle s’attellera
La Maison de la Poésie. Nous initions cette
idée aujourd’hui à Casablanca
en invitant nos amis marocain à y réfléchir
jusqu’à se l’attribuer et qu’elle
soit commune à tous, sachant que rien ne
saurait être placé au-dessus de la
poésie tant à l’échelon
du Maroc que du mode arabe actuel. Nous sommes conscients
de nos limites poétiques, à une époque
où la poésie elle-même est au
bord de l’annulation.
La
voix de nos frères, les poètes que
nous avons accompagnés dans un passé
proche ou loitain jusqu’à leur dernière
demeure, - étouffée dans la solitude
et l’oubli - nous la sentons présente
parmi nous, dans toute sa liberté. elle redouble
d’appel. Leurs voix et les nôtres s’accordent:
nous sommes tous vivants, par la poésie et
dans la poésie.
La
Maison de la Poésie au Maroc ne prétend
ni monopoliser ni d’approprier la poésie.
Elle constitue la forme qui receuille notre sentiment,
laissant aux uns et aux autres le loisir de rallier
ou de choisir ce qui leur semble plus conforme aux
principes guidant leurs actions. Il faut que la
poésie soit pour nous un apprentissage de
la liberté. Pour la défense de la
liberté des poètes et de la poésie.
Et
à cette occasion, nous saluonss nos amis
poètes qui ont oeuvré par le passé
ou qui agissent présentement pour affermir
la parole poétique, dans ses horizons arabe
et planétaire.
Et
nous informons nos amis et les amis de la poésie
que nous annoncerons prochainement les grandes lignes
de notre action.
Casablanca,
le 8 Avril 1996
Mohamed
Bentalha, Mohamed Bennis Salah Boussrif, Hassan
Nejmi. |